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Une soirée de baseball complètement folle avec les Bananas de Savannah

6 hours ago 5

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Les Bananas de Savannah, malgré les apparences, sont à prendre au sérieux. Ces vrais joueurs de baseball devenus amuseurs publics font courir les foules dans les plus grands stades aux États-Unis en pratiquant un sport drôlement réinventé : le banana ball.

En début d’après-midi, des milliers de personnes, la plupart affichant leur admiration pour les Bananas, sont déjà dans les alentours du Stade Gillette, à Foxborough, au Massachusetts.

Le soleil brille et le jaune éclatant de leur uniforme rayonne dans la foule. Les quelque 65 000 billets pour le match si attendu en début de soirée au domicile des Patriots ont tous été vendus.

Ce lieu mythique, où joue la célèbre équipe de football de la NFL, devient pour l’occasion le théâtre d’un duel de banana ball entre les Coconuts de Loco Beach et les favoris du public, les incomparables Bananas de Savannah.

Cette curieuse équipe composée d’athlètes fantaisistes est tellement populaire qu’une autre rencontre est à l’horaire le lendemain, encore à guichets fermés.

Ces deux matchs, disputés les 28 et 29 août dernier au temple de Tom Brady, faisaient partie d’une tournée américaine d’une envergure étonnante pour un club dont les joueurs étoiles ne gagnent pas des millions.

À la fin de la saison 2026, les Bananas de Savannah et leurs cinq adversaires, qui se font une véritable et chaude lutte pour un championnat de banana ball dans un calendrier de 50 matchs, auront attiré au total plus de 3 millions de spectateurs.

Aucun stade n’est trop grand pour eux. Plus de 102 000 fervents supporteurs des Bananas les ont vu jouer dans le stade des Aggies de Texas A&M, à College Station, au mois de mai. Après, ils ont notamment visité celui des Yankees, à New York, puis l’unique Wrigley Field, à Chicago, et fait de l’événement un succès. On les a aussi notamment applaudis à Anaheim, à San Diego, à Kansas City, à Milwaukee, à Minneapolis, à Saint-Louis, etc.

Les Bananas transportent beaucoup de joie dans leurs valises.

Une mise au point s'impose. Mais de quel type de spectacle parle-t-on?

Commençons par le commencement, mais faisons le tour de la question en accéléré, un peu à la manière des maîtres du banana ball

Une foule regarde des joueurs de baseball.

Les Bananas de Savannah ont joué devant des gradins remplis au Stade Gillette.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier


Jesse Cole est le cofondateur des Bananas, avec son épouse Emily. Il y a une dizaine d’années, ils ont eu la brillante idée de transformer le baseball en banana ball. Grosso modo, il fallait éliminer les temps morts typiques du baseball traditionnel, créer une expérience amusante pour la foule et convaincre des joueurs de baseball d’élite de croire à leur invention et de faire la transition vers ce sport, dont la devise est Fan first (l’amateur d’abord et avant tout).

Le couple souhaitait faire le bonheur des spectateurs en remplissant le stade Grayson, à Savannah, en Georgie, qui n’était plus le domicile d’aucune équipe des ligues mineures de baseball après le déménagement des Sand Gnats.

À l’époque, l’idée n’était cependant pas perçue comme si géniale. La famille Cole a été ridiculisée, et presque ruinée, en voulant implanter cette drôle d’équipe.

De vendre deux billets à remplir un stade de la NFL deux jours de suite, je crois que nous pouvons qualifier cela de succès. Ce qui est le plus fou, c’est que je réalise que nous ne faisons que commencer…, clame Jesse Cole, rencontré sur le terrain du stade Gillette, juste avant la première des deux prestations des Bananas.

L’homme, vêtu d’un bel habit jaune comme ses protégés et d’un grand chapeau de la même couleur, participe à l’animation du spectacle. Il a créé son propre personnage pour faire la promotion des Bananas sur les réseaux sociaux. Jesse Cole est un entrepreneur doté d’un talent pour le théâtre. Il s’exprime à la vitesse d’un Louis-José Houde et il est plus rapide que son ombre pour dévoiler les raisons de sa réussite.

Il a fallu faire tomber les barrières. Nous faisons des choses qui n’ont jamais été réalisées sur un terrain de baseball. Il faut connecter avec les partisans et leur apporter de la joie.

Les joueurs découvrent ce qu’ils ont en eux pour plaire au monde, poursuit-il. Ils ont compris qu’ils devaient mettre leur ego de côté au bénéfice des gens qui viennent les voir jouer.

Un homme sur un terrain de baseball parle en tenant un micro devant des joueurs.

Jesse Cole

Photo : Getty Images / Jaiden Tripi

Le banana ball se pratique sur un terrain de baseball. Un monticule, un marbre, trois coussins et une clôture au champ extérieur par-dessus laquelle le frappeur espère cogner la balle. Quelques-unes des règles du baseball ont cependant été modifiées pour rendre le jeu plus divertissant.

Je vous préviens, il faut regarder le match avec un œil d’enfant, suggère fortement le Canadien Dane Tofteland, l’un des meilleurs frappeurs du circuit qui, ce soir-là, se prépare à affronter les Bananas dans l’uniforme des Coconuts.

Au banana ball, un spectateur peut changer l’allure d’un match : s’il capte une fausse balle sans jongler, il s’agit d’un retrait. Ça lui vaut aussitôt une salve d’applaudissements après la diffusion à l’écran géant de son attrapé qui envoie le frappeur à l’abri, penaud. Une scène qui fait rire à tout coup.

Un but sur balles provoque une folle séquence durant laquelle tous les joueurs en défense doivent toucher la balle avant que le coureur puisse être retiré. Cela veut dire que le frappeur peut atteindre le deuxième coussin si l’échange de la balle entre les joueurs n’est pas bien exécuté.

Ce soir-là, aucun joueur des Bananas ou des Coconuts n’a filé jusqu’au deuxième but dans de telles circonstances. La vitesse avec laquelle les voltigeurs foncent vers l’avant-champ pour se mettre en position de recevoir la balle démontre leur sérieux.

N’oubliez pas qu’en dépit des apparences, l’issue du match n’est jamais fixée d’avance.

Nous voulons tous gagner. Ces joueurs-là se font un honneur de battre l’adversaire. C’est une seconde carrière où ils peuvent avoir du succès différemment, affirme Bryce Stober, l’instructeur des frappeurs des Bananas.

Déposer un amorti est carrément interdit, sinon, c’est l’expulsion! Dans les faits, le frappeur ne peut jamais sortir de l’espace qui lui est réservé près du marbre. Il doit être prêt à affronter chaque tir du lanceur à tout moment. Cela a pour but de réduire le temps d’attente, car un match de banana ball ne doit pas dépasser deux heures.

Le pointage est toujours serré, car un seul point est en jeu à chaque manche. Le banana ball s’inspire donc d’un skins game au golf : si une formation marque deux points et que l’autre réplique avec quatre dans la même manche, elle mérite le point.

Comme les golfeurs après un ou deux mauvais trous, les joueurs de banana ball savent donc qu’une remontée est toujours possible, d’autant plus que la neuvième manche est ouverte, c’est-à-dire que tous les points inscrits comptent.

Voilà pour l’essentiel de l’aspect sportif du banana ball, parce qu’il y a tout le reste!


Les joueurs embauchés par les Bananas de Savannah, les Coconuts de Loco Beach, les Tailgaters du Texas, les Party Animals, les Firefighters et les Clowns d’Indianapolis, ont tous le même objectif : divertir le public.

Ils ont été, pour la plupart, recrutés par des équipes de baseball professionnel de ligues mineures ou dans les rangs universitaires. Non, au départ, ils n’étaient pas tous capables naturellement de participer à des numéros humoristiques, d’exécuter des acrobaties ou de danser et de chanter lors de chorégraphie avant et pendant les matchs.

Derek Klena, acteur de renom sur Broadway, nommé aux Tony Awards, est l’exception à la règle. Cet ex-lanceur à l’Université UCLA a fait le saut vers le banana ball après avoir pris part à des comédies musicales, dont Moulin Rouge et Anastasia.

Frank Moscatiello n’a pas du tout le même profil. Il a lancé pendant quatre ans avec les Capitales de Québec et a même été nommé releveur de l’année de la Ligue Frontière en 2023.

J’étais au bord de la retraite et sur le point de devenir un adulte, dit-il, sourire aux lèvres. J’en savais peu à propos des Bananas. Mon agent m’a mis en contact avec eux et ils m’ont choisi. Je n’ai jamais eu autant de plaisir sur un terrain de baseball!

Un joueur de baseball se tient debout sur le terrain, regarde la caméra et sourit.

Le lanceur Frank Moscatiello, des Bananas, a joué pendant quatre ans avec les Capitales de Québec.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier

Ce New-Yorkais dans la jeune trentaine se croyait prêt à devenir enseignant au primaire. Il faisait son retour aux études lorsqu’il a entendu l’appel de la scène, parce que le banana ball, c’est aussi apprendre à s'offrir en spectacle.

J’ai toujours aimé interagir avec les amateurs. J’adore regarder le sourire des enfants. C’est une sensation inoubliable. Notre mission est de faire vivre à nos fans une incroyable expérience. J’ai appris qu’il fallait s’attendre à l’inattendu avec les Bananas.

Frank Moscatiello n’a pas tort. L’événement commence longtemps avant l'heure officielle du match, prévu en soirée.


Déjà vers 14 h, les joueurs des deux équipes vont tour à tour à la rencontre des partisans à l’extérieur du Stade Gillette. Ils sont accueillis comme des héros, mais dont on ne connaît pas les noms. Porter un chandail des Bananas est suffisant pour éblouir toute la famille.

Ensuite, des centaines d’amateurs iront sur le terrain vivre une expérience VIB (Very Important Banana). Chaque fois que les joueurs rencontrent des partisans avant le match, il leur est interdit d’accorder des entrevues. Toute leur attention est plutôt accordée aux gens qui se déplacent pour venir les voir jouer. Jesse Cole tient mordicus à créer cette proximité entre le public et ses joueurs.

Ils [les joueurs] doivent développer leur talent de banana ball, et ça comprend l’art de bien communiquer avec les gens, dit Jesse Cole. Il faut créer des moments magiques. Au départ, personne ne voulait jouer pour nous. Il n’y avait pas 50 personnes à nos camps d’essai. Aujourd’hui, ils sont des milliers. D’anciens premiers choix au repêchage, d’ex-joueurs des ligues majeures, des artistes du Cirque du Soleil et du monde du divertissement. Pour créer une expérience formidable, il ne faut pas que des joueurs de baseball.

Des spectateurs tendent la main à des joueurs.

Déjà en après-midi, les joueurs des Bananas échangeaient avec les amateurs.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier

Avoir le sens du spectacle est effectivement un prérequis. Ou, à tout le moins, être disposé à le développer.

Je suis sorti de ma zone de confort, précise Frank Moscatiello.

Nous suivons des cours privés avec un chorégraphe. Je suis un bon athlète. Je peux faire des pirouettes, je m’entraîne pour bien danser et me rendre le plus utile possible. Ici, nous voulons tous que l’autre réussisse. Ce n’est pas le cas dans le sport professionnel.

À quelques pas de Frank, un joueur des Coconuts pratique sa technique de danse avec un professeur devant une caméra. Un autre se projette dans les airs par derrière et retombe sur ses pieds. Ses partenaires des Bananas se lancent la balle avant de tous se réunir pour aller faire un dernier tour à l’extérieur, avant d’entamer le spectacle qui précède la rencontre.


À compter de 17 h 30, on assiste à de curieux minispectacles s’enchaînant sur le terrain du Stade Gillette, qui se remplit petit à petit.

Ce soir-là, les Bananas sont les visiteurs face aux Coconuts de Loco Beach. L’avant-champ ressemble donc à une plage, où les joueurs se détendent sous des parasols.

Les meneuses de claque des Patriots font leur part pour animer la foule pendant que des hommes en jupe hawaïenne se déhanchent à leurs côtés.

Agenouillé au monticule, un spectateur aux yeux bandés doit se lever et trouver une banane qu’on a lancée vers le marbre, sous les acclamations d’une foule ricaneuse.

La princesse Potassia apparaît pour un tour de chant suspect.

Tout est rodé au quart de tour. C’est un feu roulant auquel les joueurs participent à titre de figurants. On a l’impression d’être au cirque. Les enfants rient beaucoup et surveillent leurs favoris avec l’aide de leurs parents, qui les montrent du doigt sur le terrain.

Voilà une fanfare dans les gradins, qui sont presque pleins. La musique est omniprésente et le restera pendant toute la durée du match, y compris pendant le jeu.

Derek Klena, un habitué des comédies musicales, donne le ton à l’entrée en scène de ses coéquipiers. Ces derniers le suivent en dansant tous derrière lui et Jesse Cole, qui souhaite la bienvenue au public. C’est la fête au Stade Gillette. Tout le monde chante le thème entraînant des Bananas, The Show Starts Now, et on les applaudit à tout rompre.

Le voltigeur de centre Docteur Meadows en met plein la vue à la foule dès le premier retrait des Bananas. Il capte une balle en faisant une culbute volontaire par derrière.

On encourage les joueurs à tenter des jeux spectaculaires pour gagner des points bonis. On les verra souvent pousser l’audace à saisir la balle de manière inusitée et la diriger bizarrement vers un coéquipier pour compléter le retrait avec succès.

Certains joueurs portent un déguisement. Le frappeur à la cape rouge a d’ailleurs cogné un retentissant circuit. Un autre s’est présenté au marbre sur des échasses et a frappé dans un double jeu, retiré de justesse après avoir couru avec de grandes enjambées!

Une surprise n’attend pas l’autre. Des invités du monde du sport et du spectacle rejoignent les Bananas et les Coconuts, qui font équipe entre les manches.

La supervedette de la musique country Keith Urban, avec sa guitare, fait soudainement danser la cinquantaine de joueurs qui donnent vie à sa prestation d’à peine quelques minutes dans un stade plus qu’animé.

Le lendemain, l’ex-quart de la NFL et la Ligue canadienne de football Doug Flutie est venu effectuer le premier lancer protocolaire en simulant une remise de ballon derrière la ligne de mêlée.

Des joueurs de baseball en jaune salue la foule.

Les Bananas de Savannah pendant un match au Fenway Park de Boston le 5 juillet.

Photo : Getty Images / Jaiden Tripi


Les Bananas ont gagné les deux matchs, ce qui leur permet d’occuper le 1er rang au classement. Souvenez-vous, bien que le résultat des rencontres importe peu aux spectateurs, il y aura une grande finale à cette saison de banana ball, du 1er au 4 octobre, au Stade Grayson à Savannah.

Quatre des six équipes participeront aux éliminatoires. Seuls les Bananas sont assurés d’y prendre part, mais ils pourraient être exclus de la finale s’ils ne parviennent pas à s’y qualifier.

En passant, si jamais le goût vous en dit d’assister à l’une de leurs rencontres à leur domicile, à Savannah, il vous faudra beaucoup de chance. La seule façon est de participer à une loterie et souhaiter être parmi les heureux élus dans un bassin de plusieurs millions de personnes inscrites!

Les Bananas ont fait salle comble près de 600 fois d’affilée au Stade Grayson, qui compte environ 5000 sièges. Le coût d’un billet est d’environ 35 $, incluant nourriture et boisson non alcoolisée.

Jesse Cole a toujours voulu que le public puisse assister au match de banana ball à coût modique. Il le répète sur toutes les tribunes. La popularité des Bananas n’est pas étrangère à cette approche, bien qu’il précise qu’il n’a le contrôle que sur le prix du billet lors de sa tournée aux États-Unis. Ailleurs qu’à Savannah, vous mangez et buvez à vos frais!

Les Bananas ne sont jamais venus au Canada, mais l’idée germe déjà depuis quelques années. La ville de Montréal est dans sa mire.

J'adorerais aller au Stade olympique à Montréal. Cela fait partie de nos plans, confie Jesse Cole, fondateur des Bananas. Nous les avons même déjà contactés (la direction du Parc olympique) il y a quelques années pour partager notre vision. Les Expos ont eu de belles années, c’est une grande équipe. Nous pourrions créer une expérience remarquable pour leurs fans et remplir le stade.

Jesse Cole savait déjà que le Stade olympique était en rénovation. Son nouveau toit sera prêt en 2028 et le grand patron des Bananas semble déjà prêt à cogner à la porte pour offrir le spectacle du banana ball au public québécois.

Le mat du stade trône devant un ciel clair.

Les Bananas de Savannah rêvent de disputer un match au Stade olympique de Montréal.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Bonsoir, elle est partie!

Le fondateur des Bananas ne connaissait pas l’expression fétiche de Rodger Brulotte, mais il l’a prise en note et s’est amusé à la répéter devant la caméra.

Ne soyez pas surpris de l’entendre après un circuit d’un joueur des Bananas à Montréal, l’un de ces quatre.

Après tout, si quelqu’un avait le sens du spectacle au Stade olympique , c’est bien Rodger Brulotte!

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