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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLe 27 juillet 2024, en pleins Jeux olympiques de Paris, le nom Arfa avait fait la manchette au Canada. Fares Arfa réalisait, jusque-là, la meilleure performance de l’histoire canadienne en escrime en atteignant les quarts de finale au sabre, défaisant au passage le triple champion olympique en titre.
Aussi présent à Paris, son grand frère Lyes n’a rien manqué de son parcours, mais sur des écrans. Quand le cadet livrait un combat de tous les instants en quarts de finale, Lyes suivait le tout sur son téléphone dans l’autobus qui le menait au Parc des Princes, où il s’apprêtait à officier comme arbitre assistant lors d’un match de soccer délicat entre le Paraguay et Israël.
Deux frères unis au sommet de leur art, mais séparés par un conflit d’horaire.
C’est ça, le sport de haut niveau, on est habitués de faire des sacrifices et d’accepter qu’on ne puisse être partout en même temps, dit Lyes. C’était une grande fierté de le voir là après des années d’efforts et de partager ce moment, en quelque sorte, avec lui. Ça ne peut que te motiver davantage toi-même à performer après avoir vu cette compétition. Je pense que notre trio d’arbitres a offert une belle performance ce jour-là.
Les deux frères ont au moins pu passer une journée ensemble dans la capitale française après coup. Leur admiration est mutuelle, même si Fares, à la blague, considère parfois les arbitres comme un adversaire de plus en escrime.

Le sabreur canadien Fares Arfa célèbre sa victoire sur le Français Bolade Apithy, aux Jeux de Paris, le 27 juillet 2024.
Photo : Getty Images / Patrick Smith
Les arbitres sont importants parce que sans arbitre, il n’y a pas de sport. C’est un travail qui est sans amour, parce que, quand ça va bien, on oublie l’arbitre, mais quand ça va mal, on le blâme, raconte l’escrimeur. Heureusement, Lyes sait faire la part des choses et il ne va pas se soucier des critiques.
Lyes est très discipliné, il fait toujours les choses de la bonne manière et ne prend jamais de raccourci, ajoute le jeune frère. Dans la famille, c’est toujours lui qui était le plus discipliné. Quand les parents n’étaient pas là, c’est lui qui faisait les règles!
Cette rigueur suit Lyes Arfa au quotidien dans son travail de notaire pour le cabinet d’avocats et de notaires Stein Monast à Québec. C’est de là qu’il s’envole presque chaque fin de semaine pour aller arbitrer des matchs de la Major League Soccer (MLS) ou de compétitions internationales.
Les liens sont forts entre ses deux passions et Lyes Arfa.
C’est un peu la même rigueur dans l'application des lois et des lois du jeu, explique-t-il. J’aime quand les règles sont claires et que ça permet d’avancer. Dans le sport, on a ce qu’on appelle le football understanding, ce qui veut dire qu’on doit comprendre les règles, mais aussi le sens du jeu. C’est la même chose dans la pratique notariale.
Il y a des approches que j’ai développées dans ma pratique en notariat que je reprends dans l’arbitrage et vice-versa. La capacité de me concentrer m’aide sur le terrain, tandis que ma gestion de la pression sur le terrain m’aide à mieux gérer les périodes de stress qui accompagnent le traitement de dossiers importants.
Des terrains de Laval au Mondial
À sa façon, Lyes Arfa marquera aussi l’histoire du sport québécois en juin. À 38 ans, il deviendra le premier arbitre de la Belle Province sélectionné pour la Coupe du monde masculine de la FIFA.
C’est un privilège parce que tant d’arbitres avant moi ont aspiré à y aller, sans succès. Il y a du travail, mais aussi une question de timing et de chance. Je n’ai pas accompli ça tout seul, parce qu’il y a tellement de monde qui m’a aidé à progresser. Je vois ma sélection comme l’accomplissement d’un effort collectif de plusieurs générations d’arbitres. J’ai aussi une pensée pour mes parents, qui m’ont si souvent conduit aux terrains de soccer, confie-t-il.
Lyes est né à Moscou, puis a déménagé en bas âge en Algérie.
J’ai grandi en Algérie et, là-bas, c’est le sport national, donc je jouais beaucoup avec les jeunes du quartier. À mon arrivée au Canada, c’est le sport qui a facilité mon intégration parce qu’il m’a permis de rencontrer du monde et de me faire des amis.

Photo d'enfance de Lyes Arfa
Photo : Gracieuseté : Lyes Arfa
Il ne parle plus arabe, mais communique toujours avec sa maman en russe. La famille s’est installée dans la région de Montréal quand il avait 11 ans.
C’est vers l’âge de 15 ou 16 ans qu’il a suivi un premier cours pour devenir arbitre, à Deux-Montagnes, pour ensuite arbitrer à Laval. Il a gravi les échelons jusqu’au plus haut niveau et, à 38 ans, il officie pour une cinquième saison en MLS comme arbitre assistant.
En plus des Olympiques, il a aussi travaillé à la Coupe du monde des clubs et dans des compétitions continentales. Il a notamment arbitré la finale de la Ligue des nations en 2024, toujours avec l’arbitre en chef Drew Fisher et l’autre assistant, Micheal Barwagen. Le trio se prépare depuis des années pour le Mondial de 2026.
Les trois ont arbitré les plus grandes vedettes du monde. Il reste que la Coupe du monde, c’est le rêve ultime pour tout arbitre.
Ce sera quelque chose de nouveau dans ma carrière, mais je ne ressens pas trop de pression, souligne Lyes. Je ne vis pas avec trop de nervosité parce que je sais que le travail sera fait d’ici là. Je suis serein, mais j’ai hâte que le tournoi commence et qu’on se retrouve sur le terrain.
C’est un privilège de travailler à la Coupe du monde, avec des joueurs de grande qualité. Mais notre point de mire, c’est vraiment de bien faire notre travail. On laisse de côté l’aspect prestigieux du tournoi. Notre objectif, c’est de bien remplir le mandat qu’on nous confiera lors des matchs.
Les arbitres seront réunis en camp à Miami durant le tournoi. Les trios connaîtront leur affectation seulement deux jours avant les rencontres.
Si on fait le plus de matchs possible, ça voudra dire qu’on a performé, donc c'est notre objectif.
Cela dit, le trio d’arbitres canadiens ne pourra pas officier pendant un match du Canada, bien évidemment, ni les matchs d’aucune autre équipe du groupe du Canada (Bosnie, Qatar, Suisse) au tour préliminaire.
Lyes Arfa et ses collègues ne pourront pas non plus arbitrer d’affrontement comprenant une équipe de la CONCACAF, la région géographique qui regroupe l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et les Caraïbes.
Cela dit, Drew Fisher a été nommé meilleur arbitre de la MLS au cours des deux dernières saisons.
Un athlète à part entière
Pendant un match, sur la ligne de touche, Lyes Arfa multiplie les accélérations et les changements de direction. Il arrive bien avant les matchs pour s’échauffer. Il se considère comme un athlète.
Il s’entraîne cinq ou six fois par semaine et doit réussir des examens physiques et de performance, établis par la FIFA, chaque année. On mesure leur endurance et leur vitesse dans des courses en intervalles.

Lyes Arfa lors d'un match aux Jeux olympiques de Paris
Photo : afp via getty images / GEOFFROY VAN DER HASSELT
Il faut que le corps suive pour que la tête prenne les meilleures décisions possibles. La principale tâche de Lyes Arfa en match est de juger si un joueur est en position de hors-jeu ou non. Bien sûr, la technologie et la reprise vidéo peuvent aider les arbitres, mais l'objectif reste de prendre la bonne décision sur le coup.
On acquiert de l'expérience en montant les différents paliers, on s’ajuste et on s’adapte, explique Lyes Arfa. Par exemple, quand je suis devenu arbitre, j’utilisais le son du botté en regardant le dernier défenseur pour juger un hors-jeu, mais ça ne fonctionne plus à cause du bruit de la foule dans le stade. On se concentre uniquement sur l’approche visuelle et c’est ce qu’on développe avec le temps. On sait comment bien se positionner et comment bien voir le ballon.
La communication entre les assistants et l’arbitre au centre est primordiale.
Nos micros sont toujours ouverts. En équipe, on a développé au fil des années notre propre approche de communication pour qu’on soit les plus performants possibles. Chaque équipe d’arbitres utilise son approche à elle. C’est encore plus important dans les matchs sous pression pour que les bonnes décisions soient prises rapidement.
Rien n’est donc laissé au hasard quand on arbitre au plus haut niveau, surtout qu’il se peut que la vitesse soit encore plus rapide à la Coupe du monde. Le défi ne l’effraie pas.
Chaque fois que tu montes de niveau, il faut s’habituer à du jeu plus rapide et le déclic se fait généralement assez rapidement. On doit mesurer le niveau de compétition et s’adapter pour que ça devienne la nouvelle norme. Il faut avoir la flexibilité de s’adapter aux matchs qu’on dirige et aux joueurs et toujours bien travailler en équipe.
Lyes Arfa est concentré sur la tâche. Il savourera le chemin parcouru une fois la Coupe du monde terminée.
Il reste que la vie lui fait un joli clin d'œil, avec une Coupe du monde principalement disputée aux États-Unis, une première depuis celle de 1994. C’est d’ailleurs en regardant cet événement, il y a 32 ans, qu’il est tombé amoureux de son sport.
Cette fois, ce sera lui en haut de l’écran.


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