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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLes Russes tentent en catimini de revenir dans le portrait. La Ligue nationale de hockey (LNH) est en train de s’emparer du hockey international. Et les deux fédérations nord-américaines, Hockey Canada et USA Hockey, privilégient désormais leurs intérêts financiers à ceux de la communauté du hockey. Plus que jamais, les élections à la présidence de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) s’annoncent mouvementées au cours des prochains jours.
Les membres de l'IIHF convergeront cette semaine vers Tenerife, une île espagnole de l’archipel des Canaries, afin de régler leurs comptes à l’occasion d’un congrès semi-annuel. Cet événement culminera le vendredi 2 octobre avec l’élection du successeur de Luc Tardif à la présidence ainsi que l’élection de plusieurs nouveaux membres au conseil de la fédération internationale.
Or, l'IIHF, comme quelques autres fédérations internationales, traverse une période particulièrement mouvementée de son histoire.
Le sport international – qui fait en quelque sorte partie du patrimoine mondial – est extrêmement populaire. Pour cette raison, depuis quelques années, de nombreuses fédérations internationales sont attaquées par toutes sortes de rapaces qui ne ménagent pas les efforts pour tenter de s’approprier une part du gâteau.
Le dernier cas en lice : la tentative de privatisation d’une partie des droits de la Coupe du monde de soccer au profit d’un fonds d’investissement américain dirigé par l’un des fils de la famille Kushner.
Au congrès de l'IIHF cette semaine, il y a d’abord l’ombre de la Russie qui sera omniprésente dans la salle. Pour exercer leur puissance douce (soft power) à travers le monde, les Russes ont toujours déployé beaucoup d’efforts pour installer des alliés dans des postes décisionnels au sein des diverses fédérations internationales.
Pendant les 27 ans de la présidence de René Fasel, de 1994 à 2021, la Russie a en quelque sorte eu les mains sur le volant de l'IIHF. Citoyen suisse, Fasel aimait la Russie à un tel point qu’il a demandé, et obtenu, la citoyenneté russe après son mandat à l'IIHF.
À la suite de l’invasion de l’Ukraine en 2022, l'IIHF a rapidement écarté la Russie de ses compétitions internationales. Et toujours fidèle, Fasel ne s’est pas gêné pour vivement critiquer cette décision sur la place publique.
En 2021, quand est venu le temps de trouver un successeur à Fasel à la tête de l'IIHF, deux candidats se démarquaient : le Français, né au Québec, Luc Tardif et l’Allemand Franz Reindl. Malgré son devoir de réserve, René Fasel militait intensément en coulisses en faveur de Reindl. Son lobbying était à ce point intéressé que tout le monde a compris que l’Allemand était le candidat favori des Russes.
Puis, juste avant l’élection, Reindl a été éclaboussé par une affaire de conflit d’intérêts et d’abus de confiance. Cette histoire, qui a duré pas moins de quatre ans, a cloué le cercueil de sa candidature. Et même si le congrès avait lieu à Saint-Pétersbourg, c’est Luc Tardif qui a été élu par une majorité de 67 votes contre 39.

Luc Tardif, président de la Fédération internationale de hockey sur glace
Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Nous sommes maintenant en 2026. La Russie est toujours exclue des compétitions internationales et elle conteste la position de l'IIHF devant le Tribunal arbitral du sport. Les chances des Russes d’être réintégrés par cette voie apparaissent toutefois minces.
Mais voilà que Franz Reindl sort des limbes et fait à nouveau partie des candidats à la présidence de l'IIHF!
Il est difficile ici de ne pas tirer de conclusions sur l’identité de ses plus fervents sympathisants.
Pas moins de neuf candidats convoitent la présidence de l'IIHF. Selon diverses sources, les deux qui ont le plus de chances de l’emporter sont Reindl et le Tchèque Petr Bříza. Ce dernier est en quelque sorte le candidat de la continuité. Il siège au conseil de l'IIHF depuis 2016, où il a notamment occupé les fonctions de trésorier et de vice-président exécutif.
Les pays européens ne veulent absolument rien savoir de la réintégration de la Russie aux compétitions internationales alors que l’invasion de l’Ukraine se poursuit et que la sécurité de l’Europe est grandement menacée. Mais la démocratie du sport internationale étant ce qu’elle est – l’IIHF compte 84 pays membres – des pays comme l’Inde, l’Iran, la Corée du Nord ou le Kyrgyzstan auront des votes équivalents à ceux des grandes nations de hockey européennes.
Outre ces tensions géopolitiques, l'IIHF fait aussi face à une crise interne jamais vue dans son histoire. Et incroyablement, c’est le Canada qui en est à l’origine.
L'IIHF est un organisme sans but lucratif qui finance le développement du hockey à travers le monde grâce aux revenus générés par la présentation de ses grandes compétitions internationales.
Ces revenus découlent principalement des ventes de billets, de la vente des droits de télédiffusion et de partenariats conclus avec de grands commanditaires. Or, comme je l’expliquais dans ce texte lundi dernier, Hockey Canada et USA Hockey se sont adressées aux tribunaux suisses pour attaquer l'IIHF.
Les deux fédérations contestaient le droit de l'IIHF de conclure un lucratif contrat avec le manufacturier canadien True pour la fabrication de tous les chandails utilisés lors des compétitions internationales. Hockey Canada est allée à l’encontre de la réglementation de l'IIHF et à l’encontre de décennies de pratique établie en signant sa propre entente avec le manufacturier Bauer. Ce contrat conclu entre Hockey Canada et Bauer soulève par ailleurs de très sérieuses questions quant à la gouvernance de la fédération canadienne.
Le tribunal commercial de Zurich a donné raison sur toute la ligne à l'IIHF dans cette affaire. Or, les agissements de Hockey Canada et de USA Hockey laissent croire qu’elles n’acceptent pas la décision de la Cour.
C’est la capacité de l'IIHF de se financer ainsi que la solidarité des membres de l'IIHF qui sont en jeu. Or, la PDG de Hockey Canada, Katherine Henderson, brigue un siège au conseil de l'IIHF dans cette élection.
Il sera intéressant de voir quel genre d’appuis recevra Mme Henderson compte tenu du désintérêt démontré par Hockey Canada envers le bien commun de l'IIHF. Et, surtout, il sera intéressant de voir quel candidat à la présidence le Canada appuiera.

Gary Bettman, commissaire de la Ligue nationale de hockey
Photo : Associated Press / Damian Dovarganes
Enfin, peu importe l’identité du prochain président de l'IIHF, il devra dorénavant composer avec les ambitions d’un partenaire à deux faces – la LNH – qui a tout simplement décidé de s’emparer d’une partie du hockey international.
Ça fait plus de 10 ans que la LNH cherche un moyen d’utiliser le hockey international pour remplir ses coffres. Les bons matchs internationaux, c’est connu, génèrent des cotes d’écoute gigantesques en comparaison avec les finales de la Coupe Stanley.
À compter de 2028, au milieu de chaque cycle olympique, donc tous les 4 ans, la LNH présentera une Coupe du monde de son propre cru afin d’engranger des dizaines, voire des centaines, de millions de dollars supplémentaires. Cet événement sera organisé à l’extérieur des cadres de l'IIHF. Et il viendra d’ailleurs en compétition directe avec le Championnat mondial, un événement qui génère environ 70 % des revenus annuels de la fédération internationale.
En d’autres mots, le loup est dans la bergerie. Et les effets à long terme de cette manœuvre hostile seront probablement aussi nocifs pour le hockey que l’aurait été la privatisation de la Coupe du monde de soccer si la trahison orchestrée par Gianni Infantino avait fonctionné.
Bref, parce qu’il est convoité de toutes parts, le hockey international traverse une période extrêmement délicate de son histoire. Pour toutes ces raisons, il faudra accorder une attention particulière à l’identité de ceux qui seront élus à Tenerife le 2 octobre prochain.


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