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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayBUFFALO – L’ouverture des portes du circuit universitaire américain (NCAA) aux hockeyeurs des ligues juniors majeures du Canada fait craindre, depuis les premières lueurs nées de la brèche en 2025, un exode des talents de 18 ans et plus de l’autre côté de la frontière après un court séjour dans la Ligue canadienne (LCH). Un enjeu de taille, certainement, qui en cache toutefois d’autres.
Au Québec, pour la fine élite, ce déracinement était déjà commencé, estiment différents acteurs du milieu. Et il s’opère de plus en plus tôt.
Ce sont de jeunes joueurs, des adolescents de 13, 14, 15 ans, qui s’exilent souvent aux États-Unis, parfois dans d’autres provinces canadiennes, à la recherche d’académies et d’un modèle de développement différent.
Avec les gars de l’élite, oui, il y a un exode plus tôt qu’avant. Je suis d’accord. On parle juste de la crème de la crème, là, nous a lancé un recruteur croisé lors de la semaine d’évaluation des jeunes espoirs en vue du repêchage de la LNH au début juin, à Buffalo.
La cuvée des espoirs québécois de cette année tend à donner raison à notre homme.
Les trois joueurs originaires de la Belle Province les mieux classés par la centrale de recrutement, soit Maddox Dagenais (15e), Xavier Villeneuve (18e) et Liam Lefebvre (38e), ont tous effectué un stage à l’étranger dans leur parcours. Les raisons de cet exil diffèrent, mais certains points les relient.
J’ai joué une année à Pittsburgh, a raconté Villeneuve. Dans le temps, j’étais un petit gars de 5 pi (1,52 m) et 90 lb (41 kg), alors ça me donnait une autre année avant le midget AAA. Je suis allé vivre en pension, c’était bon pour moi.
Lefebvre, pour sa part, a choisi une académie dans l’État de New York : Trinity-Pawling. Il y a passé trois ans avant de se joindre à l’Océanic de Rimouski l’automne dernier, à 18 ans, après avoir été ignoré à sa première année d’admissibilité au repêchage de la Ligue nationale.
À la base de ce choix, il y avait une question de valeur.
J’ai toujours été bon à l’école. Pour mes parents, c’était bien important. Avant de savoir que les règles allaient changer, la LHJMQ n’était pas une option pour moi. À 12, 13 ans, je ne pensais même pas à ça, a expliqué le Montréalais de 19 ans.

Liam Lefebvre
Photo : LHJMQ / crédit : LHJMQ
Avant de partir, je jouais dans le bantam AAA. Je ne pensais pas faire l’équipe dans le midget AAA à 15 ans. J’aurais eu une chance au camp, mais je ne voulais surtout pas aller jouer midget espoir, c’était la dernière affaire que je voulais faire. Je me suis donné une autre option en regardant vers les États-Unis, a fait valoir Lefebvre.
Dagenais, lui, est allé rejoindre son père, Pierre, qui travaillait à l’académie World Elite à Belleville, en Ontario. Une décision à la base familiale.
En filigrane de tout ça, un mot est revenu dans le discours des trois jeunes hommes : le développement.
J’étais sur la glace quatre fois par semaine et autant hors glace […]. Je ne veux rien lancer au Québec, mais il y avait un peu moins de gymnase. Le gym, c’est vraiment ce qui m’a aidé. Les gars de l’Ontario sont reconnus pour être gros et féroces. Même quand j’étais jeune et que je jouais contre des gars de l’Ontario dans les tournois d’été, je savais qu’ils étaient plus forts que moi physiquement. Mon but était de me renforcer physiquement. Apprendre mes bases. C’est ce qui m’a fait pencher vers l’Ontario, a dit Dagenais.
Au Québec, on se fie beaucoup sur les habiletés sur la glace, en Ontario, un peu moins. On a nos forces et l’Ontario aussi, a-t-il ajouté.
Lefebvre aussi a évoqué l’importance de la qualité et de la quantité de l’entraînement en gymnase. Jouer moins, se préparer davantage, jouer mieux. La possibilité de se développer à plus long terme l’a également séduit. Il avait la NCAA dans sa ligne de mire avant que changent les règles d’admissibilité et de comprendre que les deux circuits allaient lui ouvrir leurs portes.
Dans la NCAA, tu as jusqu’à 24 ans. Ça te donne plus de chemin à parcourir que de finir dans le junior à 20 ans. Le fait d’avoir pu revenir, par contre, c’est le meilleur des deux mondes.
Villeneuve maintenant.
J’étais dans le gym chaque jour. J’avais pratiquement un accès illimité à la glace. Pour moi, c’était le paradis là-bas, a laissé tomber l’ancien défenseur de l’Armada qui jouera avec l’Université de Boston (BU) à l’automne.
Le nœud du problème
Cas anecdotiques ou vague de fond? Tous ne s’entendent pas sur la gravité du problème. Le phénomène en soi n’est pas nouveau, remarquez. Vincent Lecavalier, pour ne citer que lui, avait parfait son apprentissage entre les murs de la réputée académie Notre Dame, en Saskatchewan, à l’âge tendre de 14 ans.
Son frère Philippe, aujourd’hui agent de joueurs, a relativisé les choses.
Ça ne m’inquiète pas tant. Mes clients qui sont partis l’ont fait beaucoup plus pour vivre une expérience culturelle et perfectionner leur anglais, a-t-il estimé.
On le voit partout au Canada. Des fois, il y a de moins bons entraîneurs ou des parents plus difficiles. Est-ce qu’on peut faire mieux? Oui, mais ce n’est pas tout croche. Le midget AAA n’a rien à envier à personne.
Allain Roy a proposé une autre lecture de la situation.
[Ces départs] sont 100 % symptomatiques d’un problème de développement. Je pense que Hockey Québec ressent la pression. Ils veulent garder les bons jeunes joueurs, mais ils s’en vont de plus en plus tôt. Avant, c’était à 15, 16 ans. Aujourd’hui, c’est à 13, 14 ans, a lancé l’agent qui gère plus d’un demi-milliard en contrats actifs.
Il faut vraiment que Hockey Québec regarde le hockey mineur. Ça commence avec les entraîneurs. Ça prend de bons entraîneurs pour faire du bon développement. Mais surtout un bon plan de développement. La plupart des familles voient que les académies ont vraiment de très bons plans de développement. Je pense que c’est vraiment ça la grosse différence, a-t-il renchéri.
La fédération provinciale semble faire son examen de conscience ces jours-ci. En février, elle a mandaté son ancien directeur général, Jocelyn Thibault, pour examiner minutieusement ses structures de développement et mettre en œuvre son nouveau Programme d’excellence annoncé en grande pompe en novembre 2025, programme qui a essuyé une volée de bois vert en région.
On envisage sérieusement de regrouper les meilleurs joueurs de 14 et 15 ans de la province dans une sorte de sélection nationale, un peu comme le font les Américains avec leurs jeunes de 16 et 17 ans, dans l’espoir de freiner l’exode, parmi d’autres motivations.
Le 11 juin, Hockey Québec (HQ) a même lancé une étude sur le modèle du hockey québécois en collaboration avec l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) à laquelle sont conviés parents, bénévoles, entraîneurs et alouette.
Aucune fédération sportive ne remet en cause les fondements mêmes de sa charpente sans estimer qu’il y a péril en la demeure.
Il y a plus d’une décennie, le laboratoire de hockey développé par l’ancien entraîneur de la LHJMQ Denis Francoeur avait ébranlé les fondations et les façons de faire du milieu, un programme de hockey scolaire implanté au Collège Marie-de-l’Incarnation et au Séminaire Saint-Joseph qui a produit d’impressionnants résultats et d’où est issu Zachary Bolduc.

Zachary Bolduc
Photo : Radio-Canada
Au bout du fil, Francoeur a soulevé les mêmes enjeux que les joueurs et les agents.
Les 10 premières années sont critiques dans le développement d’un joueur de hockey. L’accent est mis sur le développement des habiletés, mais, le plus important, c’est le QI hockey. C’était une des forces du programme. Pour faire ça, ça prend du volume. Au début, on avait 130 pratiques par année. Maintenant, au séminaire, c’est moins, mais ça demeure plus que partout au Québec, a-t-il expliqué.
On pouvait se permettre de prendre notre temps. Un arbre qui a poussé croche, tu lui mets des tuteurs, mais si tu les enlèves, il va revenir croche. Si tu le pars à la base, tu le fais pousser droit, même si, un jour, il est croche, il va finir par revenir droit, a dit Francoeur de façon imagée.
Le vieux routier prêche, entre autres, pour une professionnalisation des entraîneurs et pour une plus grande part allouée à l’entraînement.
Je pense que notre modèle est désuet de bas en haut. Il faut inclure le hockey universitaire dans l’organigramme. Il faut que le hockey junior canadien et québécois se repositionne en toute humilité.
Vaste projet.
Le revers de la médaille
Dans cet écosystème en transformation, le Québec souffre en amont et en aval. D’un côté, le hockey mineur perd certaines de ses plus belles pépites et, de l’autre, les Québécois risquent d’être moins nombreux dans la LHJMQ ces prochaines années, dernière marche avant le hockey professionnel au pays.
Ce qui fait mal à la LHJMQ en ce moment, ce ne sont pas les gars qui quittent le Québec pour la NCAA, ce sont les Américains qui arrivent. C’est un drame.
Le mot est fort, mais les chiffres confirment une tendance.
Au repêchage de la LHJMQ cette année, les équipes ont choisi 50 Américains sur 216 sélections. Ils étaient 37 en 2025 et 12 en 2024.
Et le tout premier choix, le Trifluvien Thomas Boisvert, issu du programme du Séminaire Saint-Joseph de Denis Francoeur, arrivera à Rouyn-Noranda l’an prochain après une année à la Mount Saint Charles Academy, aux États-Unis.
Disons que cette réflexion lancée par Hockey Québec commençait à presser. En attendant de voir ce qui en sortira.


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