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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLorsque j’ai regardé le reportage FIFA : la machine à sous, de l’émission Enquête, je dois avouer avoir été profondément ébranlé.
À l’approche de ce gigantesque spectacle qui débarquera bientôt à Toronto et à Vancouver, j’étais plus enthousiaste que jamais pour cette Coupe du monde. Pas seulement parce que quelques matchs seront disputés au Canada, mais, surtout, parce qu’un de mes enfants vit ce sport avec une passion incroyable, autant sur le terrain que devant son écran. Comme parent, je sais déjà ce que cela représentera, pour lui, de voir ses héros jouer presque dans sa cour. Et ça, c’est puissant.
Pour être honnête, jusqu’à ce que je regarde ce reportage, j’étais convaincu que Montréal avait raté une occasion historique en refusant l’entente proposée par la FIFA. Oui, cela allait coûter cher, mais je suis de ceux qui croient aussi qu’il ne faut pas sous-estimer l’héritage que peuvent laisser les grands événements sportifs sur une jeunesse, une culture sportive et même une société.
Et sans vouloir faire de politique, je trouvais à l’époque que Caroline Proulx, ministre du Tourisme à Québec de 2018 à 2022, était trop rigide dans son refus.
Puis, j’ai compris.
Elle refusait essentiellement de signer un chèque en blanc. Pas de véritable contrôle. Pas de garanties claires. Pas de limite réelle aux dépassements de coûts. Comme si une ville devait remettre les clés de sa maison, sans même obtenir un dépôt de sécurité.
Tout à coup, cette Coupe du monde que je voyais comme un legs potentiel m’est apparue pour ce qu’elle est peut-être réellement : un immense produit touristique et télévisuel où les profits montent vers la FIFA pendant que les risques restent chez les citoyens.
Une fois le cirque reparti, que restera-t-il réellement?
Oui, il y aura une belle vitrine internationale. Oui, quelques touristes supplémentaires visiteront peut-être Vancouver ou Toronto dans les années suivantes. Mais avec des centaines de millions de dollars en fonds publics, cela commence à faire très cher le touriste.
Les Jeux olympiques, eux, ont la capacité de transformer l’ADN d’une ville. Ils poussent souvent à bâtir des infrastructures qui demeurent ensuite au service de la population pendant des décennies. Centres sportifs, routes, transport collectif, installations communautaires, expertise événementielle, culture sportive. C'est un héritage vivant.
Montréal, Calgary, Vancouver
Bon, je vois déjà certains brandir le Stade olympique de Montréal comme contre-argument.
Même là, si vous regardez le reportage de Radio-Canada produit pour le 50e anniversaire des Jeux, on comprend rapidement que le désastre financier n’était pas d’abord causé par le CIO, ni par le comité organisateur, ni même par les Jeux eux-mêmes. Le véritable cancer était ailleurs : corruption, dépassements incontrôlés et culture toxique dans l’industrie de la construction de l’époque.
Attention donc, avant de jeter le bébé avec l’eau du bain.
Parce que, malgré toutes les cicatrices financières, il reste encore aujourd’hui à Montréal des installations, une culture sportive et un héritage collectif issus de 1976. C’est ça, la différence fondamentale. Les Olympiques peuvent laisser quelque chose derrière eux. La Coupe du monde, elle, donne souvent l’impression d’arriver en visiteur, puis de repartir sans avoir réellement changé les villes où elle fait escale.

Le Stade olympique de Montréal, vestige des Jeux de 1976
Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes
Les Jeux de Calgary en 1988 ont fait encore mieux. Non seulement ils ont laissé des installations durables, mais ils ont aussi généré des profits qui ont permis de créer un fonds consacré au développement du sport à tous les niveaux dans la région de Calgary. Près de 40 ans plus tard, cet héritage continue d’alimenter le développement sportif de la ville. Voilà un vrai legs.
Et là, vous me voyez sûrement venir avec Vancouver 2010.
Un héritage exceptionnel qui a transformé Vancouver et sa région pour le mieux.
On pense évidemment au réseau de transport collectif, qui fonctionne aujourd’hui à merveille, à la modernisation de la route vers Whistler, mais, aussi, au quartier de False Creek, qui est passé d’un secteur industriel fatigué à un quartier vibrant et recherché grâce au village des athlètes.
Même la piste de bobsleigh de Whistler continue aujourd’hui de générer plus de 1 million de dollars par année en revenus touristiques. Oui, vous pouvez payer pour vivre la descente de votre vie.

Le Centre de développement nordique de Whistler a ouvert ses portes en 2016. Il redonne une vie aux infrastructures construites pour les Jeux olympiques de 2010.
Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck
Que restera-t-il?
Je ne suis pas naïf non plus. J’étais parmi ceux qui dénonçaient les excès des Jeux de Sotchi en 2014 en voyant les abus et les dépenses démesurées. J’avais envie de pleurer en regardant les Jeux de Rio, en 2016, être imposés à une population déjà en crise.
Et pourtant, j’ai aussi littéralement versé des larmes devant la beauté et la puissance collective des Jeux de Paris.
Parce que, lorsqu’ils sont bien organisés, les Jeux olympiques deviennent beaucoup plus qu’un événement sportif. Ils deviennent un projet de société.
La Coupe du monde de la FIFA fera vibrer Toronto, Vancouver et des villes partout au pays pendant quelques semaines. L’ambiance sera magnifique. Les rues seront pleines. Et des milliers d’enfants tomberont encore plus amoureux du soccer. Rien de ça n’est mauvais.
Mais est-ce qu’un pays entier vibrera réellement devant une finale France-Espagne qui aura lieu en banlieue de New York? Est-ce que les gens sortiront spontanément dans les rues d’un océan à l’autre, comme lors d’une finale olympique entre le Canada et les États-Unis?
C’est là toute la différence.
Lorsqu’on investit des centaines de millions de dollars publics dans un événement, la seule question qui compte vraiment est celle-ci : que restera-t-il lorsque les écrans s’éteindront?
Parce qu’au fond, avec la FIFA, nous agissons surtout comme des propriétaires qui prêtent leur maison pendant quelques semaines à un locataire immensément riche qui repart ensuite avec les profits.
Les Jeux olympiques, eux, peuvent laisser quelque chose de durable à ceux qui y vivent longtemps après la fête.
Les grands événements sportifs financés par les fonds publics ne devraient pas seulement remplir des hôtels. Ils devraient remplir des piscines publiques, des centres sportifs, des pistes cyclables, des transports collectifs, des rêves d’enfants et des communautés entières.
Accueillir le monde est une chose. Se construire soi-même grâce au sport en est une autre.
Le véritable héritage d’un grand événement sportif ne se mesure pas à ce qu’on applaudit pendant quelques semaines, mais à ce qu’on utilise encore 20 ans plus tard.


2 weeks ago
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