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La manière des Hurricanes, à la fois atypique et un reflet de son époque

15 hours ago 5

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La Ligue nationale de hockey (LNH), que l'on décrit comme une ligue de copieurs, cherchera-t-elle à imiter le succès des Hurricanes de la Caroline?

Il y a bien des choses à dire sur les nouveaux champions de la Coupe Stanley, sur leur savant équilibre entre profondeur et talent de pointe, ou sur leur style de jeu si payant, mais si difficile à appliquer sans relâche.

Autant leur succès découle d'une persévérance qui ne colle pas avec l'impatience de tant d'organisations, autant d'autres équipes voudront regarder avec intérêt ce qui a si bien fonctionné pour eux cette année.

Il ne sera pas question ici de leçons, car ce qui leur a souri ne s'applique pas nécessairement aux plans d'une autre formation, mais soulignons quelques traits marquants qui ont fait partie du triomphe de cette équipe, dont certains illustrent la direction dans laquelle le hockey s'en va.

Le gardien peut venir de n’importe où

C’est un peu comme le mantra du film Ratatouille, tout le monde peut cuisiner. Ce n’est pas que n’importe qui est capable de cuisiner; c’est qu’un bon cuistot est susceptible de surgir de n’importe où.

Il en va de même avec les gardiens en séries de la Coupe Stanley. Ce n’est pas que n’importe qui peut arrêter des rondelles en séries; mais un gardien capable de faire les arrêts clés peut surgir de n’importe où.

Ancien gardien de l’organisation des Bruins de Boston, Brandon Bussi avait été réclamé au ballottage afin de pallier la blessure au jeune Pyotr Kotchetkov. Il a vécu un conte de fées cette année, d'abord en prenant part à 37 matchs en saison, puis en aidant les Hurricanes à franchir le fil d’arrivée en finale en raison d’une blessure à Frederik Andersen.

Or, la recrue de 27 ans n’avait pas joué depuis le 14 avril avant de s’imposer dans les trois derniers matchs de la finale.

Il y a là quelque chose d’ironique, car dans le camp des Golden Knights de Vegas, John Tortorella s’est obstiné à garder Carter Hart devant le filet même s’il avait accordé au moins quatre buts dans chacun des cinq premiers matchs de la finale.

Son réserviste était Adin Hill, qui a remporté la Coupe Stanley pour les Golden Knights en 2023, à une époque où il n’était pas beaucoup plus connu que ne l’est Bussi. Il aurait été périlleux de faire appel à un nouveau gardien au moment où Vegas faisait face à l’élimination, mais Bussi venait quand même de faire la preuve qu’un gardien peut s’imposer en séries après une longue période d’inactivité.

Avant Bussi et Hill, le gardien Darcy Kuemper – qui peinait à s’établir de façon durable comme no 1 dans la LNH – a gagné la Coupe Stanley avec l’Avalanche du Colorado en 2022. Et en 2019, la montée fulgurante des Blues de St. Louis avait mis en vedette un jeune Jordan Binnington issu des rangs mineurs et heureux gagnant d’un concours de circonstances.

Bref, au milieu de gardiens aguerris comme Sergei Bobrovsky et Andrei Vasilevskiy, les récents vainqueurs de la Coupe Stanley ont fait confiance à des gardiens au parcours atypique.

Cela va dans le sens de deux autres phénomènes que l’on observe à propos des gardiens de la LNH.

D’abord, leur difficulté grandissante à maintenir leur niveau de jeu d’une année à l’autre. La fiabilité et la constance sont plus rares qu’autrefois chez les gardiens, surtout en cette ère où les schémas offensifs ont le dessus sur leur vitesse de déplacement.

De plus, le fait que de plus en plus d’organisations ont recours à des tandems augmente la possibilité que l’on voit un gardien moins auréolé en séries.

Expérience et persévérance

On a souvent dit que les Hurricanes faisaient la preuve qu’une équipe doit acquérir de l’expérience en séries et apprendre de ses défaites avant d’aspirer aux grands honneurs.

Même les équipes qui ont raté les séries l’année précédant leur conquête avaient tout lieu de se dire qu’il s’agissait d’un accident de parcours, car elles ont toutes eu à franchir des étapes importantes avant d’atteindre le Saint-Graal.

Avant la première de leurs deux conquêtes consécutives, les Panthers de la Floride avaient d’abord perdu en finale l’année précédente.

Les Golden Knights avaient atteint trois fois le carré d'as – dont une présence en finale – à leurs quatre premières années d’existence avant de triompher en 2023.

Avant son doublé, en 2020, puis en 2021, le Lightning de Tampa Bay avait lui aussi atteint la finale d’association trois fois, l’une d’elles l’ayant envoyé en finale.

Cela dit, les Hurricanes ont amené cela à un autre niveau cette année, un niveau qui célèbre presque les vertus de l’obstination. Avoir participé aux séries sept ans de suite, avoir joué dans trois finales d’association et avoir maintenu le même noyau de joueurs ainsi que le même entraîneur-chef, cela relève d’un niveau de conviction envers sa façon de fonctionner qui détonne par rapport à ce que l’on voit ailleurs.

D’autres organisations auraient changé d’instructeur, ou auraient modifié certains éléments clés, avec l’objectif d’enfin surmonter l’obstacle. Or, les Hurricanes ont toujours gardé le cap.

Il ne suffit donc pas de dire qu’ils ont acquis de l’expérience. C’est aussi qu’au fil des revers déchirants, leurs joueurs n’ont jamais cessé d’adhérer au programme et de croire en ce qu’ils faisaient.

On vous souhaite la santé

Selon le pilote des Hurricanes, Rod Brind’Amour, la différence entre la consécration de cette année et les efforts infructueux du passé s’explique par la santé de son équipe. Il a soutenu qu'il lui avait toujours manqué des joueurs clés en séries, ce qui ne s’est pas produit cette année.

C’est à peu près vrai.

L’an dernier, son équipe avait perdu les services du défenseur Jalen Chatfield pendant ses six derniers matchs, donc durant toute la finale d’association face aux Panthers. Chatfield est un joueur qui gagne à être connu, mais une équipe avec de la profondeur doit pouvoir compenser sa perte.

En 2023-2024, ils ont composé avec les absences du défenseur Brett Pesce, membre du top 4, et de l’attaquant Jesper Fast. En 2022-2023, deux grosses pertes : Andrei Svechnikov avait raté toutes les séries et Teuvo Teravainen s’était fracturé la main gauche. En 2021-2022, finalement, une blessure au genou avait empêché le gardien Andersen d’aider son équipe.

Cette fois-ci, le bilan médical a été très positif.

Les Hurricanes n’ont subi que trois revers durant l'ensemble des séries. Aucune équipe n’a remporté la Coupe Stanley en perdant moins de matchs depuis les Oilers d’Edmonton de 1988.

Cela a eu pour effet d’écourter leurs séries et de les faire profiter d’un repos anormalement long avant d’affronter le Canadien de Montréal. Certains bobos ont eu le temps d’être soignés.

C’est un facteur trop imprévisible pour qu’on puisse l’inscrire dans une logique cohérente, mais un fait demeure : une équipe qui parvient à rester en santé à travers de longues séries augmente ses probabilités de l’emporter.

Un hockeyeur célèbre un but.

L'argent qui aurait été consacré à faire signer un contrat à Mikko Rantanen a permis aux Hurricanes d'embaucher Nikolaj Ehlers l'été dernier.

Photo : Getty Images / Jared C. Tilton

Frapper le grand coup

La patience dont ont fait preuve les Hurricanes les a incités à ne pas chercher de raccourcis dans la construction de leur équipe. Certes, ils ont fait des acquisitions au fil des ans à la date limite des échanges – Vincent Trocheck, Brady Skjei, Max Domi, Shayne Gostisbehere… – mais ils ont attendu 2024 avant de frapper un grand coup.

Cette année-là, ils ont acquis Jake Guentzel, des Penguins de Pittsburgh, contre un assortiment d’espoirs plus ou moins bien cotés. Le jeu en valait en chandelle, même si Guentzel ne s’est pas engagé avec eux par la suite.

Étant donné que les Hurricanes connaissaient du succès année après année, leurs sélections au repêchage n’étaient jamais à des rangs très intéressants. À l’instar du Lightning, ils ne se sont pas attachés aux sacro-saints choix de premier tour. Au cours des cinq derniers repêchages, la Caroline n’en a gardé qu’un seul (Bradly Nadeau, 30e en 2023).

Mais le point de bascule s’est produit l’an dernier quand les Hurricanes ont mis la main sur la vedette Mikko Rantanen. Un coup d’éclat qui a vite eu des airs de coup d’épée dans l’eau, car Rantanen ne se retrouvait pas dans le style de jeu de sa nouvelle formation et ne manifestait pas d’intérêt à rester en Caroline.

Or, ce qui a eu l’air d’une manœuvre avortée s’est avéré crucial dans la conquête de la Coupe Stanley des Hurricanes.

C’est qu’au moment d’acquérir Rantanen, les Hurricanes ont aussi mis la main sur Taylor Hall en cédant un choix de 3e tour aux Blackhawks de Chicago. Hall a été excellent dans les récentes séries, démontrant qu'un joueur pouvait toujours se réinventer dans le bon environnement.

Puis, en fourguant Rantanen aux Stars de Dallas, les Hurricanes ont obtenu entre autres Logan Stankoven, leur meilleur buteur dans les séries de cette année, ainsi qu’un choix de premier tour qu’ils ont utilisé l'été dernier pour aller chercher le défenseur K’Andre Miller. Ce dernier a été le joueur le plus utilisé des Hurricanes en séries et, par moments, le meilleur arrière de l’équipe.

De plus, le fait de ne pas pouvoir offrir un nouveau contrat à Rantanen a libéré l’argent nécessaire afin d'attirer Nikolaj Ehlers en tant que joueur autonome.

Bref, la supervedette n’est pas restée longtemps, mais tous les actifs entourant son arrivée et son départ ont été déterminants dans les succès de la Caroline.

Ce bout-là de la gestion du directeur général Eric Tulsky risque d'être abondamment étudié.

Petite taille, gros QI

La victoire des Hurricanes offre un contraste marqué avec le jeu lourd et robuste des Panthers, qui étaient les champions en titre jusqu'à dimanche soir.

Sebastian Aho, Jackson Blake et Gostisbehere, entre autres, ne sont pas exactement des mastodontes. Mais Stankoven, en particulier, a déboulonné le mythe voulant que les petits joueurs ne soient pas capables de se démarquer dans le hockey des séries. Le centre de 1,73 m (5 pi 8 po) et 74,8 kg (165 lb) a joué du gros hockey pour les Hurricanes.

La taille est quelque chose que tu ne peux pas contrôler, nous a dit Stankoven le soir où les Hurricanes ont éliminé le Canadien.

Dieu te donne un gabarit. J’essaie d’utiliser cela à mon avantage. J’essaie de travailler un peu plus fort que les autres et d’être un pas en avant sur le jeu. J’essaie d’utiliser mon QI hockey à mon avantage avec la façon dont je vois la glace. Tu ne peux pas non plus avoir peur dans les coins de patinoire face à de plus gros joueurs.

Ça a été comme ça toute ma vie. Je n’ai jamais été le plus gros sur la glace, mais quand tu es passionné, quand tu aimes le jeu comme moi, ces choses-là n’ont pas d’importance.

Le style des séries continuera de favoriser les plus gros joueurs, mais il est rafraîchissant de voir un patineur avec le profil de Stankoven se distinguer de la sorte.

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