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Et si l’ésotérisme s’invitait dans la série Canadien-Hurricanes?

2 weeks ago 23

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Les hockeyeurs de la LNH sont jeunes, beaux, grands et forts. Mais quand on leur joue dans la tête, il se passe parfois de drôles de choses.

Les hommes de hockey de la vieille école aiment rappeler aux plus jeunes que, si vous n’arrivez pas au moins 15 minutes en avance à une activité d’équipe, vous êtes en retard. Le manque de ponctualité est très mal accepté dans la LNH. Au point où, peu importe leur statut, les joueurs qui s’en rendent coupables sont la plupart du temps automatiquement sanctionnés.

Après 11 jours de congé, les Hurricanes se sont présentés en finale de l’Est avec 12 minutes de retard jeudi soir. Et le Canadien les a sévèrement sanctionnés en leur infligeant quatre buts dans ce court laps de temps.

Les hommes de Rod Brind’Amour étaient présents physiquement quand la rondelle est tombée sur la patinoire. Ils ont même réussi à ouvrir la marque en seulement 33 secondes. Mais leur esprit était ailleurs.

Visiblement soucieux de chasser la rouille et d’entamer la série avec combativité, les Caroliniens ont multiplié les bourdes défensives. Hypnotisés par la rondelle, les joueurs des Canes s’y sont souvent mis à deux ou trois pour poursuivre le porteur du disque, ouvrant ainsi la porte à des surnombres et à des échappées du CH.

Quand Cole Caufield a nivelé la marque seulement 27 secondes après le but des locaux, trois joueurs des Hurricanes tentaient d’enlever le disque à Juraj Slafkovsky derrière leur filet. Phillip Danault et Ivan Demidov ont marqué sur des échappées. Et Alexandre Texier – alias l’enfant de la patrie – a été complètement oublié par Jacob Slavin dans l’enclave.

Slavin, pourtant l’un des meilleurs arrières défensifs de la LNH, affichait un rutilant moins 3 après seulement 11:32 minutes de jeu. Sa soirée de misère a pris fin à moins 4.


En deuxième, les joueurs de Martin St-Louis ont toutefois eu un meilleur aperçu de ce qui les attend dans cette série. Les Hurricanes ont retrouvé leurs repères et le Tricolore n’a presque pas touché à la rondelle.

Il était toutefois déjà trop tard.

Les locaux ont dominé 6-1 au chapitre des chances de marquer, et le Canadien a été limité à seulement trois tirs. Malgré un taux de possession de rondelle de 72 %, les Canes ne sont toutefois parvenus à déjouer Jakub Dobes qu’une fois (Eric Robinson) pour réduire l’écart à 2-4.

En troisième, Slafkovsky a scié les jambes reposées des Hurricanes en servant une cuillère par piquée des vers à Andrei Svechnikov avant de déjouer Frederik Andersen pour la cinquième fois.

La Slovaque a enfoncé le dernier clou en marquant dans un filet désert dans les dernières minutes de l’engagement.

Parce qu’ils avaient la tête ailleurs pendant quelque 12 minutes, les Hurricanes ont été tapissés au compte de 6 à 2. Et les balayages successifs qu’ils ont infligés aux Sénateurs et aux Flyers lors des deux premiers tours ont soudainement des allures de souvenirs lointains.


Mais surtout, à cause de ce revers, les Hurricanes se font soudainement rattraper par une vieille trame narrative qu’ils souhaitaient enterrer une fois pour toutes. Mais comme un psychopathe de film d’horreur de série B, l’étiquette d’équipe incapable de livrer la marchandise en finale de conférence réapparaît constamment dans leur vie.

Et c’est ici que l’ésotérisme auquel je faisais référence dans le titre – qu’on pourrait aussi définir comme la faiblesse mentale des athlètes – risque de s’inviter dans la série.

Au fil des ans, j’ai plusieurs fois écrit sur les insuccès des Maple Leafs de Toronto qui se répètent d’année en année en séries (quand ils y participent) et, par exemple, sur une interminable série de défaites que le Canadien a vécue à San Jose entre 2001 et 2019.

Les Leafs ont été incapables de participer aux séries ou d’en franchir le premier tour entre 2006 et 2022. Les joueurs de la génération d’Auston Matthews et Mitch Marner n’avaient rien à voir avec les insuccès de ceux qui les avaient précédés. Mais ils se sont tellement fait parler de ces échecs passés qu’ils ont fini par en devenir les porteurs.

Une sociologue de renommée mondiale, Rosabeth Moss Kanter, a écrit à ce sujet un livre intitulé Confidence : How Winning Streaks and Losing Streaks Begin and End.

« Ceux qui croient que chaque match recommence avec un pointage de 0-0 sont dans l’erreur. Un nouveau match ne replace pas le pointage d’une organisation à zéro. [...] Avoir bien ou mal performé crée un héritage, une fiche qui se transporte jusqu’à la prochaine rencontre. Quand quelques défaites se transforment en plus longue séquence, il y a une force qui opère, un poids qui pèse sur les épaules des athlètes dès le début du match suivant », écrit-elle pour faire valoir que des séquences d’insuccès peuvent effectivement se transmettre au fil des ans.


Quand on regarde le portrait du noyau actuel des Hurricanes en finale de l’Est, ça donne ceci :

Balayage encaissé aux mains des Bruins en 2019 (0-4)

Balayage subi aux mains des Panthers de la Floride en 2023 (0-4)

Élimination en 5 matchs face aux même Panthers en 2025 (1-4)

Défaite de 6-2 jeudi soir face aux Canadien (0-1)

On arrive donc à une inexplicable fiche de 1-13 en finale de conférence. Ce qui, avouons-le, est plutôt extraordinaire pour une équipe suffisamment compétitive pour se rendre jusqu’au carré d’as.

Et si on ajoute le balayage subi par les Hurricanes face aux Penguins à leur précédente finale de conférence (en 2009), on arrive à une épouvantable fiche de 1-17 au troisième tour des séries.

En s’inclinant face au CH jeudi, les Hurricanes ont redonné vie à ce cauchemar.

Et ils vont assurément se le faire rappeler. Il sera donc extrêmement intéressant de voir comment ils vont choisir d’affronter ce mal invisible qui les afflige.

L’autrice Kanter soutient que les gens qui nient l’existence de telles tendances ou dynamiques au sein de leur organisation amenuisent leurs chances de remporter la prochaine rencontre.


Il y a par ailleurs une autre tendance inquiétante que les Hurricanes devront renverser pour camper proprement leur rôle de favoris. Et celle-ci est fort concrète.

En saison régulière, les hommes de Martin St-Louis ont remporté leurs trois matchs face aux Hurricanes par un pointage cumulatif de 15 à 8. Jeudi, le Canadien a en quelque sorte complété un balayage en remportant une quatrième victoire consécutive à leurs dépens.

Le pointage total de ces quatre rencontres s’élève maintenant à 21-10. Ça commence à être une tendance lourde. Et ça doit commencer à être fatigant.

Toutes ces victoires ont par ailleurs été remportées par Jakub Dobes. Pendant ce temps, les gardiens des Hurricanes ont affiché un taux d’efficacité (ou d’inefficacité) de ,750 contre le CH en saison. Et hier, Frederik Andersen a récidivé avec un lamentable ,761.

Les Hurricanes ont beau former l’une des meilleures équipes de la LNH, ils ont soudainement beaucoup de fantômes à chasser et de séquences malheureuses à briser.

Ont-ils la dureté du mental nécessaire pour y parvenir?

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