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Une bête visiblement difficile à apprivoiser

2 weeks ago 29

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Se sont-ils imaginé souhaiter bon été aux Sabres en leur donnant une franche poignée de main? Ont-ils cru que le plus difficile avait été fait après avoir marqué trois buts sur quatre tirs et chassé le gardien partant, Alex Lyon, sous les quolibets de la foule?

Honnêtement, c’est bien possible.

Après tout, la dernière fois que le Canadien a eu l’occasion d’éliminer un adversaire lors d’un sixième match, le Lightning en l’occurrence, il avait à peu près tout fait, sauf marquer devant un Andrei Vasilevskiy en état de grâce. Le scénario n’aurait pas pu être plus différent que celui qui s’est produit au Centre Bell, samedi, et qui s’est terminé par un gain facile des Sabres de 8-3.

Montréal détenait pourtant l’avance 3-1 après 10 minutes de jeu. Il avait réussi un but à cinq contre cinq, un en avantage et un autre en désavantage numériques. Or, défensivement, les hommes de Martin St-Louis ont erré et se sont fait dépecer dans leur zone toute la soirée.

Il me semble qu’on n’a pas été en contrôle longtemps. De petits moments, mais pas beaucoup, a indiqué l’entraîneur.

Détendu en point de presse, confiant, St-Louis s’est même permis une petite blague et un peu d’autodérision, voulant clairement projeter une image publique rassurante. Tout le contraire de ce que ses joueurs ont montré sur la glace.

Des signes de nervosité

Dans un amphithéâtre survolté, il n’a pas fallu attendre très longtemps avant de voir des signes de nervosité des locaux.

Au cours des 32 premières secondes, Juraj Slafkovsky est tombé par lui-même sur la glace près de la ligne bleue adverse, a redonné la rondelle à l’adversaire en tentant mollement un dégagement par le centre dans sa zone et s’est complètement sorti du jeu devant Rasmus Dahlin avec une glissade digne d’un grand bobeur. Tout cela s’est conclu par le but dudit Dahlin.

Ce n’est qu’un exemple et, au bout du compte, pas le plus représentatif, puisque Montréal a enfilé trois buts sans riposte par la suite. Sauf que ce n’est pas le seul.

Des joueurs de hockey se disputent la rondelle.

Nick Suzuki (14) et Alex Tuch (89) se disputent le disque.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Josh Anderson s’est laissé emporter par la foule par moments, Kaiden Guhle s’est sorti du jeu en tentant une mise en échec en zone neutre qui, une fois ratée, a ouvert la porte au cinquième but des Sabres, Nick Suzuki s’est rendu coupable du même délit contre Alex Tuch sans, toutefois, que cela ait eu des conséquence : les erreurs de lecture de jeux ont été légion.

Les mauvaises décisions et les maladresses aussi. Comme si, portés par la foule, gavés d’un trop-plein d’énergie, les joueurs n’étaient pas parvenus à canaliser tout ça.

Ça se peut, a dit St-Louis, généreux.

Plus loquace, le capitaine a fourni cette réponse.

Ça devient bruyant quand les gars ont la rondelle à certains endroits sur la glace. Ceux qui n’ont pas encore beaucoup joué ici doivent apprendre à garder leur calme en possession de la rondelle et à être patients au lieu de se dépêcher. Tu t’habitues à ça avec le temps, a commencé Suzuki.

Peut-être qu’on était surexcités. Dans ces cas-là, tu deviens un peu trop agressif, un peu trop enthousiaste et tu peux être pris en mauvaise position. On doit gérer ça. On adore jouer ici, il faut juste mieux exécuter le plan de match.

Ce n’était pas une question de maturité ou d’immaturité, si vous préférez, a soutenu St-Louis.

Ses joueurs n’avaient pas beaucoup de calme, a-t-il fini par admettre.

C’est dur. Il faut que tu vives ces moments-là pour apprendre. Ce sont des moments stressants pour les joueurs. C’est bruyant, c’est beaucoup de chaos. Ce soir, on n’a pas vu clair à travers ce chaos, on est meilleurs que ça. C’était pas un bon match pour nous autres.

La pression de la maison

Le rythme était si effréné, l'ambiance si électrique, il est vrai qu'on ne s'entendait plus écrire en première période. Le problème, c'est qu'au lieu de transporter l'équipe, ça l'a affolée, aurait-on dit.

Le Canadien ne se présente pas souvent sous son meilleur jour à domicile, en séries, comme en témoigne sa fiche de 2 victoires et 4 défaites. Inversement, Montréal a gagné 5 de ses 7 rencontres à l’étranger. C’est presque un copié-collé pour les Sabres d’ailleurs (5-1 sur les patinoires adverses et 2-4 à domicile).

Ce qui a fait dire à l’entraîneur des Buffaloniens, Lindy Ruff, qu’ils essayaient de voir s’ils ne pouvaient pas louer le Centre Bell pour le match ultime. Fieffé coquin.

L’avantage de la patinoire? Très peu pour ces deux équipes, apparemment, même si l’on se dit qu’une d’entre elles finira bien par trouver la clé du succès devant ses partisans.

Il n’y a pas de panique ni rien. On est tous excités, c’est juste plus de hockey pour nous. On ne veut pas que ce soit facile, on aime les défis. C’est à nous de répondre, a dit Lane Hutson qui, malgré la déception, trouve toujours le moyen d’être heureux à l’idée de jouer un match de plus.

Il y a de bien belles histoires pour le Canadien depuis le début de ce tournoi. L’apprentissage accéléré et riche de ce jeune groupe à travers cette tonne d’expérience n’est certainement pas la moindre. Notons aussi le brio de Hutson, l’idylle entre Jakub Dobes et les amateurs, ainsi que l’impact des joueurs de soutien.

À ne pas s’y tromper toutefois, si le Canadien devait échapper ce septième match, lundi soir à Buffalo, une trame narrative en filigrane depuis un mois prendrait beaucoup de place.

Des joueurs de hockey se disputent la rondelle.

Nick Suzuki (14) et Alex Tuch (89) se disputent le disque.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Le premier trio de Suzuki, Slafkovsky et Cole Caufield s’est fait dominer 1 à 8 pour les buts marqués à 5 contre 5 en séries éliminatoires, et ont maintenu un ratio de buts prévus de 38,9 %. C’est largement insuffisant.

La première unité des Sabres aussi était ensevelie depuis le début de l’affrontement avec le Canadien. Samedi, Ruff, ce vieux renard, a remodelé trois de ses quatre trios sans hésiter à démanteler celui de Josh Norris qui fonctionnait pourtant à plein régime. Parmi les changements, Tage Thompson a pris la place de Josh Doan en compagnie de Norris et de Zach Benson.

Son audace lui a souri.

C’est moins le style de la maison St-Louis, mais ce n’est pas non plus impossible. Le Québécois avait opté pour cette stratégie lors du cinquième match contre Tampa Bay en envoyant Slafkovsky avec Jake Evans et Ivan Demidov, et en donnant une chance à Anderson en compagnie du capitaine et de Caufield.

Il n’avait pas gagné à la loterie avec ses nouvelles combinaisons, mais le CH avait tout de même remporté le duel.

Enfin, peut-être qu’on n’en est plus là.

Il reste un match pour décider du sort de cette série inégale et imprévisible. Et, paradoxalement, certains joueurs du Canadien ne sont peut-être pas déçus d’aller le jouer loin du Centre Bell.

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