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Fièvre des séries : de Playa del Carmen jusqu’en Bulgarie, en passant par la Normandie

1 week ago 22

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Malgré la distance, ces partisans qui vivent à l’étranger n’ont pas manqué une seconde de ce printemps complètement hockey.

Playa del Carmen, Mexique

À Playa del Carmen, un adepte de hockey qui tend l’oreille peut reconnaître des exclamations bien senties et des olé, olé, olé familiers. Guidé par ces sons, il trouvera le resto-bar sportif Los Tabernacos, lancé en plein cœur de cette populaire station balnéaire par le Québécois Daniel Gingras.

T'es en vacances, puis tu écoutes un match de hockey en gougounes et en t-shirt, entre Québécois et entre gros fans de hockey, raconte le propriétaire en visioconférence. Je vais t'avouer que, ce soir-là, lors du match numéro 7 contre Buffalo, j'avais rarement vu ma place sauter comme ça!

Cette destination soleil du Quintana Roo est prisée par les touristes québécois, et c’est ici que Daniel Gingras a déposé ses valises en 2011. Son établissement est devenu un repaire où satisfaire son envie de poutine, mais aussi un lieu de prédilection pour regarder le hockey ou le sport en général.

Des partisans québécois sont assis aux tables du resto-bar.

Ce printemps, le resto-bar Los Tabernacos est le quartier général des fans du Canadien à Playa del Carmen.

Photo : Radio-Canada / Gracieuseté / Daniel Gingras

De multiples écrans sont accrochés aux murs, aux côtés des chandails du Tricolore ou de drapeaux d’équipes de la LNH. Depuis le début des séries, la terrasse qui donne directement sur la rue est bondée chaque soir de match.

À 90 %, ce sont des Québécois, assure Daniel Gingras, qui s’occupe de motiver la foule au micro.

Avant le match, on met une vidéo de motivation sur le Canadien. Après ça, on distribue une carte des joueurs du Canadien à chaque table, et si c’est votre joueur qui compte un but, on donne une tournée de tequila gratuite à toute cette table-là.

Comme pour les restaurants et les bars au Québec, le hockey des séries est une bénédiction pour son établissement qui fêtera son 15e anniversaire en juin. Cette poussée printanière du Tricolore correspond exactement à la basse saison dans le Yucatan, qui doit s'étaler jusqu’en septembre.

C'est notre pain et notre beurre quand le Canadien fait les séries. Les locaux sont curieux de savoir ce qui se passe, parce que le restaurant est plein alors que les autres ont seulement une ou deux tables occupées, relate le Québécois.

Daniel Gingras arbore le chandail de l’attaquant du Canadien Ivan Demidov.

Daniel Gingras arbore le chandail de l’attaquant du Canadien Ivan Demidov.

Photo : Radio-Canada / Gracieuseté / Daniel Gingras

S’il a flairé la bonne affaire à Playa del Carmen, l’entrepreneur de 60 ans demeure avant tout un adepte inconditionnel du Canadien et il estime que la fièvre des séries met un sourire sur les lèvres de tout le monde. Les soirs de match au Mexique sont évocateurs de souvenirs de jeunesse qui l’ont marqué au Québec.

Ma mère m'a amené un soir au Forum de Montréal, avec mes deux amis. À la sortie des joueurs, j'ai pu rencontrer Serge Savard, Ken Dryden, puis Guy Lafleur. J'ai encore la photo, je suis encore marqué par ça. Pour moi, rencontrer mon idole de jeunesse, Guy Lafleur, c'était incroyable.


Rouen, France

Oui, je me lève la nuit et je regarde sur Internet les matchs du Canadien. Le match numéro 1 contre les Hurricanes était à 2 h du matin en France, donc il a fini vers 5 h, 5 h 30. On est nombreux à suivre le Canadien de Montréal ici et il y a un forum en ligne où on est plusieurs à échanger quand on regarde le match la nuit.

Originaire de Rouen, en Normandie, Élodie Leclercq assure qu'elle a regardé en direct tous les matchs du Canadien lors des présentes séries éliminatoires. N’étant pas une grande dormeuse, cette partisane compte sur le café pour rester éveillée, mais elle carbure surtout à une passion du hockey qu’elle entretient depuis 26 ans.

Évidemment, c'est le football qui est le sport numéro un en France, mais à Rouen, c'est le hockey sur glace qui est le sport numéro un, soutient-elle.

Élodie Leclercq avec une casquette du Canadien de Montréal.

Élodie Leclercq est à la fois admiratrice du Canadien de Montréal et de son équipe locale.

Photo : Radio-Canada / Gracieuseté / Élodie Leclercq

Dans la capitale normande, Élodie Leclercq et ses compatriotes sont avant tout des supporteurs des Dragons de Rouen, une équipe de la première ligue de hockey française. Dans leur aréna d’environ 3500 places, les partisans chantent du début à la fin et l’ambiance ressemble à celle des matchs de foot en Europe.

Mais pour de nombreux adeptes de hockey à Rouen, l’allégeance se teinte aussi de bleu, de blanc et de rouge.

Et pour cause : les liens entre les Dragons et le Québec sont multiples. Le directeur général Marc-André Thinel et l’entraîneur-chef Carl Mallette sont deux Québécois qui ont fait la pluie et le beau temps avec les Tigres de Victoriaville, dans la Ligue de hockey junior Maritimes Québec (LHJMQ), au tournant des années 2000.

Ces deux joueurs ont aussi porté le maillot des Dragons, en plus de nombreux autres Québécois au fil des années.

Marc-André Thinel patine avec la rondelle.

En 2005, Marc-André Thinel a porté les couleurs des Bulldogs d'Hamilton, l'ancien club-école du Canadien de Montréal. Le Québécois a ensuite joué 15 saisons avec les Dragons de Rouen.

Photo : Getty Images / Claus Andersen

Avec ces Québécois qui jouent à Rouen, je me suis naturellement intéressée à la LNH et au Canadien de Montréal, raconte la Française. J'ai eu l’occasion de venir à Québec lors du Championnat du monde de hockey sur glace en 2008. J'ai aussi visité le Centre Bell [à Montréal] et je n’ai pas cessé de regarder les matchs depuis.

Les deux garçons d’Élodie Leclercq, âgés de 5 et 7 ans, ont aussi attrapé la piqûre et assistent aux matchs de leur équipe locale, en plus de suivre religieusement le Canadien. Contrairement à leur mère, ils doivent attendre le réveil au matin pour connaître les résultats des matchs des présentes séries.

« Je leur fais un petit résumé avec les vidéos que je peux trouver », explique-t-elle.

Le joueur préféré de mon petit, c’est Cole Caufield. Et mon plus grand est défenseur, donc il s’intéresse à Mike Matheson. Évidemment, ils ont aussi un œil sur Alexandre Texier. On a la chance d'avoir un Français qui joue en LNH à Montréal!

La partisane estime que la présence d’Alexandre Texier avec le Canadien incite les médias français à s’intéresser au hockey nord-américain. Elle se réjouit de cet intérêt accru pendant les séries éliminatoires à Montréal, puisque l’atmosphère y est « exceptionnelle ».

On rêverait d'avoir ça, dit-elle. On a des frissons; je n’imagine même pas ce que doivent ressentir les joueurs quand ils entrent sur la glace et qu'ils ont tout cet engouement derrière eux, toute la ville qui vit au rythme du hockey.


Sofia, Bulgarie

Le tout a commencé lors du match numéro 7 contre Tampa Bay. J’ai mangé du chocolat que je ne mange jamais normalement, et le Canadien a gagné. Depuis ce temps, je prends de petites bouchées de ce chocolat à chaque match, et même si on est en train de perdre, je vais le faire juste au cas où.

On pourrait croire que ces paroles superstitieuses sont celles d’un partisan montréalais pur et dur. Elles sont plutôt celles de Radost Mihaleva, une admiratrice du Canadien vivant à Sofia, capitale de la Bulgarie.

J’ai aussi une passion pour le soccer où il y a beaucoup de superstitions, alors ça me vient naturellement, souligne-t-elle. Ça m’aide à gérer le stress! Surtout, c’est plaisant et tu te sens connectée à l’équipe.

Radost Mihaleva avec une casquette du Canadien de Montréal.

Depuis l’Europe de l’Est, Radost Mihaleva suit avec assiduité le parcours éliminatoire du Canadien.

Photo : Radio-Canada / Gracieuseté / Radost Mihaleva

Comment devient-on adepte du Canadien à plus de 7200 kilomètres de Montréal?

Radost Mihaleva indique qu’en grandissant, elle a toujours regardé les grands événements sportifs en famille. Elle se souvient d’avoir assisté au but en or de Sidney Crosby aux Jeux olympiques de Vancouver, en 2010.

Mais le véritable déclic s’est produit cet hiver, lors des Jeux olympiques de Milan-Cortina, où l’intensité du tournoi de hockey l’a fascinée. En outre, depuis cette saison, la plateforme en ligne DAZN diffuse les matchs de la LNH dans des marchés non traditionnels, dans un effort du circuit d’élargir son public.

Ainsi, Radost Mihaleva a plongé tête première dans le hockey nord-américain, et elle souhaitait encourager une équipe. Sur son chemin, elle a trouvé le Canadien, une équipe jeune et tissée serré.

J’ai terminé ma maîtrise en France et j’ai vécu à Paris pendant deux ans, indique la Bulgare. J’aime cette idée du Canada français, de la culture québécoise. Je m’intéressais à Montréal, alors j’ai commencé à lire sur le club et sa riche histoire, sur ce qu’il symbolise pour le hockey.

En gros, je suis tombée en amour avec l’équipe.

Nouvellement conquise, elle dévore désormais toute l’information possible sur les règlements et les trames narratives qui entourent l’équipe montréalaise.

L'inscription « Canadiens » est cousue à l'arrière d'une casquette noire.

La partisane du CH a fait faire une casquette sur mesure où l’inscription « Canadiens » a été cousue à l’arrière.

Photo : Gracieuseté / Radost Mihaleva

Pendant ces séries éliminatoires, elle se tient loin des réseaux sociaux avant de regarder les matchs en différé, pour éviter les divulgâcheurs. Mais ensuite, elle s’y reconnecte pour retrouver les partisans du Tricolore.

Avec les réseaux sociaux, je peux partager mes émotions avec les gens en ligne et voir toutes les vidéos à Montréal quand l’équipe gagne. J’ai tellement de plaisir! Je vais soutenir l’équipe, peu importe ce qui va se passer, raconte-t-elle.

Si l’on se rend en finale, je réfléchirai certainement à prendre un congé pour regarder les parties en direct, ajoute-t-elle.

Même dans un pays où le hockey est considéré comme un sport marginal, voire insolite, Radost Mihaleva a compris ce que signifie être partisane du Canadien.

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