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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLe temps presse, il faut que les sièges des quelque 73 000 spectateurs attendus au Stade olympique soient installés à temps pour la cérémonie d’ouverture des Jeux de 1976 à Montréal. Le retard des travaux a bousculé les plans et un manque de personnel fait craindre le non-respect de l’échéancier. La solution? L’utilisation massive de prisonniers.
Personne n’aurait voulu se retrouver au banc des accusés au premier jour des Jeux, le 17 juillet 1976, parce que le Stade olympique ne comptait pas assez de sièges pour accueillir le public.
Encore aujourd’hui, 50 ans plus tard, Germain Bélanger s’exprime avec beaucoup de ferveur dans la voix à ce sujet.
La reine s’en vient, elle arrive, il fallait être prêt la veille, s’exclame-t-il en se replongeant dans le feu de l’action. Le niveau de stress était énorme. Il fallait débarrer la porte à la bonne date.

La carte d'identification de Germain Bélanger sur le chantier olympique
Photo : fournie par Germain Bélanger
À l’époque, Germain Bélanger était l'ingénieur en chef de la filiale de matériaux composites de Bombardier qui avait décroché le contrat de fabrication et d’installation des sièges du stade.
Bombardier jouait sa réputation at large. Je n’étais pas que le directeur de recherche et développement de l’usine, mais aussi celui qui devait développer les marchés potentiels. J’ai vendu l’idée et nous avons gagné la soumission. Le projet était vraiment emballant, c’était une envolée pour l’entreprise.
Nous sommes alors en 1972, à quatre ans de la première édition des Jeux olympiques au Canada. Ce jeune ingénieur dans la trentaine, diplômé de Polytechnique Montréal, pilote le dossier et ne manque pas d’ambition.
J’avais une pancarte au-dessus de ma porte de bureau où j’avais inscrit : "Si ça existe, ça ne m’intéresse pas." Aujourd’hui, je possède 15 brevets de réalisations.
Roger Taillibert, le grand architecte du Stade olympique, exigeait des sièges semblables à ceux du Parc des Princes, à Paris, dont il avait aussi été le maître d'œuvre.
Au fil du temps, Germain Bélanger avait développé une bonne chimie avec lui après avoir gagné sa confiance.
Il disait que rien ne devait être carré dans ce stade qui n’est pas circulaire, mais ovale. Tous les accessoires visuels, principalement les sièges et les conduits de ventilation, devaient avoir une géométrie complètement adaptée au bâtiment. Nous nous sommes fait plaisir en lui offrant ce qu’il voulait. J’ai beaucoup d'admiration pour lui parce qu’il avait une vision.
Cela étant dit, quel rôle de malheureux détenus ont-ils finalement eu à jouer dans cette saga olympique?

Germain Bélanger
Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier
Il faut d’abord établir les circonstances entourant ce défi logistique pour apprécier davantage la réussite de ce projet d’envergure.
Nous devions disposer d’une année complète pour installer les sièges, on nous a laissés un mois!, révèle l’ingénieur de 82 ans, à la retraite depuis peu, qui se rappelle du rythme infernal imposé à tous les employés.
Les travailleurs étaient cependant difficiles à trouver dans un marché de la construction déjà surtaxé en raison de l’ampleur de ce blitz de travaux sur l’immense chantier du Stade olympique.
On a eu un meeting pour se dire : "Comment on s’arrange?" L’aspect monétaire n’était pas une préoccupation. On a pris les moyens qu’il fallait pour y arriver. Il n’y avait pas de discussions. En juin, l’horaire de travail passait jusqu’à 18 heures par jour. Il fallait livrer…
Bombardier s’est donc tourné vers un personnel disposant de beaucoup de temps libre… en prison.
Mon patron est entré en contact avec des centres de détention pour obtenir de l’aide. Chaque jour, on nous a donc garanti la présence de 50 à 100 employés parmi les prisonniers. Chaque matin, deux autobus arrivaient à l’heure pile au stade. Sur le plan de la ponctualité, il n’y avait pas de meilleurs employés!
Le Stade olympique aura donc servi, d’une certaine manière, à réintégrer ces gens à la société, au prix de quelques évasions.
Il y en a eu, mais on ne sait pas combien!, affirme en riant Germain Bélanger. Oui, on avait certaines inquiétudes que des prisonniers pourraient profiter de l’occasion pour aller gambader. Mais on nous disait : "Ne vous en faites pas, d’autres seront présents demain matin!" Il ne s’agissait pas de grands criminels, mais de gens qui purgeaient de courtes peines.
Le travail a été bien accompli. Il y a eu bien sûr quelques problèmes d’alignement des sièges et de numérotation, mais rien pour mettre en péril la réussite de la tâche.
Ça a été une démonstration qu’au niveau de l’échéancier, il n’y a rien d’impossible. Quand on décide qu’on le fait, on le fait. Ça se fait. Pas de comité ni de réunion. On passe à l’action!
Et tout le monde a été payé, s’empresse-t-il de préciser.

Le Stade olympique le soir de la cérémonie d'ouverture
Photo : La Presse canadienne / archives
Germain Bélanger raconte cette histoire plutôt saugrenue, lui-même assis dans l’un de ces sièges du Stade olympique. Cinquante ans plus tard, la grande majorité est toujours en place et en bon état, si l’on tient compte de leur âge.
C’est étourdissant, dit-il, en observant les travaux en cours pour l’installation d’un nouveau toit.
Il s’agit de souvenirs impérissables. C’est une réalisation technique unique. Je vois tous ces sièges moulés avec une coloration intégrée et avec une surface de qualité encore acceptable. À l’époque, quand j’étais un promoteur des matériaux composites, on me demandait si le produit pouvait durer plus de 20 ans. Aujourd’hui, je pourrais le garantir. J’ai au moins 60 000 preuves devant mes yeux!
Germain Bélanger demeure fier de ce pan de sa vie qui a donné le ton à son brillant parcours dans sa firme de génie-conseil.
C’est impossible de me dissocier des Jeux olympiques. C’est la base de ma carrière. Si je n’avais pas fait ce projet-là, je n’aurais jamais réussi ainsi. C’est devenu une référence qui m’a ouvert plusieurs portes.
Compte tenu des célébrations du 50e anniversaire des JO à Montréal, un détour dans les environs du Stade olympique était devenu, pour lui, un moment incontournable.
Quand je passe dans le coin, je lui jette un coup d'œil et je le salue!
Au fond, il s’agit d’une certaine marque de reconnaissance pour services rendus. On devine que les prisonniers disparus, eux, ne sont plus en cavale et ont déjà testé un jour la qualité de ses sièges jaunes et bleus du Stade olympique…


11 hours ago
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